Le Ministère des Mines confirme l’ampleur de la contrebande. Selon un bilan couvrant la période 2021-2025, moins de 2 tonnes d’or ont été officiellement déclarées, contre plus de 44 tonnes sorties frauduleusement du pays.
La polémique a démarré il y a quelques mois avec la fuite d’un document confidentiel faisant état d’un vaste trafic d’or qui prospère au Cameroun. La quantité d’or officiellement déclarée à l’exportation serait très en deçà de la production réelle. Le document désignait également Dubaï comme principale plaque tournante de cet or.
C’est ainsi qu’est né le « scandale de l’or », avec en toile de fond des soupçons visant de hautes personnalités du pays.
Le MINMIDT confirme les chiffres de la contrebande
Face à la polémique, le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique a publié un tableau récapitulatif des exploitations aurifères au Cameroun sur les cinq dernières années, de 2021 à 2025.
Dans sa synthèse, le ministère dresse un constat alarmant.
Sur la période, seuls 1,9 tonne d’or ont été officiellement déclarés à l’exportation.
En revanche, 44,3 tonnes d’or seraient sorties du pays en contrebande.
L’écart est donc de 42,4 tonnes. Le ministère estime la valeur de cet or non déclaré à environ 2000 milliards de FCFA.
Conséquence : l’Etat camerounais a subi d’importantes pertes fiscales. Le MINMIDT les évalue à 577,51 milliards de FCFA entre 2021 et 2025.

Dubaï cité comme destination principale
Le document fuité pointait déjà Dubaï comme destination finale de l’or camerounais. La synthèse du ministère ne dément pas cette information.
Sans citer de noms, elle confirme que d’importants volumes d’or quittent le territoire national par des circuits informels pour être écoulés sur les marchés internationaux, avec les Émirats Arabes Unis comme hub principal.
Cette situation relance le débat sur le contrôle aux frontières, la traçabilité des minerais et la gouvernance du secteur minier.
Un manque à gagner colossal pour l’Etat
Avec 577,51 milliards de FCFA de pertes, le Cameroun se prive de ressources considérables. Cette somme aurait pu servir à financer des infrastructures, la santé, l’éducation ou encore la subvention des produits de première nécessité.
Au-delà de l’aspect budgétaire, ce scandale jette un discrédit sur la filière aurifère. Il décourage les investisseurs sérieux et prive les communautés locales des retombées de l’exploitation minière.
Le MINMIDT affirme travailler au renforcement des mécanismes de contrôle et de sécurisation de la filière. Mais pour l’heure, aucune mesure judiciaire ou administrative n’a été rendue publique.
Vers une enquête ?
En publiant ces chiffres, le gouvernement reconnaît officiellement l’ampleur du phénomène. Des organisations de la société civile et des acteurs politiques demandent désormais l’ouverture d’une enquête approfondie pour identifier les responsables et les réseaux impliqués.
La question reste entière : qui bénéficie de ces 44,3 tonnes d’or sorties frauduleusement du Cameroun ?
L’affaire est loin d’être terminée. Elle pourrait bien devenir l’un des plus grands scandales financiers de ces dernières années.
Martin Etalobe




