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Outrage à Biya : Condamné comme Pius Njawe, Patrick Mengue. La chronique cinglante d’un avocat au Palais

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Condamné ce lundi 27 juillet 2026 à Yaoundé pour un commentaire Facebook, Patrick Mengue rejoint la liste des personnes punies pour « outrage au Chef de l’État ». Le même verdict avait frappé le journaliste Pius Njawe en 1996.

Patrick Mengue, abonné de la page Facebook du lanceur d’alerte Nzui Manto, a été condamné à 6 mois d’emprisonnement ferme, 28 000 FCFA d’amende et 15 000 FCFA de dépens par le Tribunal de Yaoundé. Motif : outrage au Président de la République.

Le commentaire qui a coûté la liberté

Le 11 avril 2026, au lendemain de l’annonce du décès de Niat Marcel, Président du Sénat, Patrick Mengue avait écrit sur Facebook :
« seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort STP »

Deux jours plus tard, il a été interpellé par des hommes en tenue. Selon des sources, il a été torturé par la Sécurité militaire avant d’être déféré à la prison centrale de Kondengui.

Pour le Tribunal, cette phrase constitue une insulte déguisée à l’endroit du Président Paul Biya. Au Cameroun, ce type de formule est désormais assimilé à un délit.

 

Patrick Mengue

1996 – 2026 : Le même article, deux époques

L’affaire Patrick Mengue rappelle un précédent célèbre.
Avant lui, l’emblématique journaliste Pius Njawe, Directeur de Publication du journal « Le Messager » de regrettée mémoire, avait lui aussi écopé de six mois de prison ferme à Douala pour « outrage par injure » au Président Paul Biya. C’était en 1996, bien avant l’arrivée des réseaux sociaux au Cameroun.

30 ans séparent les deux condamnations. Mêmes peines. Même chef d’inculpation. Seul le support a changé : la presse papier hier, Facebook aujourd’hui.

 

Pius Njawe

Chronique du Palais : Quand la théologie se heurte au Code pénal

Me Batam Nkolong, avocat au Barreau du Cameroun, qui a suivi le dossier, dénonce dans une chronique la rigidité de la loi.

1. Le délit virtuel
Pour le Tribunal, l’invocation de Patrick n’avait « rien d’un psaume d’amour ». Elle tombe sous le coup de l’article 153 du Code pénal. La frontière entre métaphore spirituelle et infraction est jugée « microscopique ».

2. Le choc entre Écriture et Droit
À la barre, la défense a cité 1 Timothée 2:1-2 : « prier pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité ».
Mais le Tribunal a tranché : « prier le Ciel d’« ajuster sa cible » sur la toile bascule sous le coup de la loi pénale ».

3. L’article 54 ignoré
Le verdict de 6 mois ferme est tombé alors que l’article 54 alinéa 1 permet le sursis pour les délits punis de moins de 5 ans. Pour l’avocat, c’est oublier que « la justice n’a pas seulement pour fonction de punir, mais aussi de réinsérer ».

La leçon du prétoire

« La liberté d’expression numérique exige une discipline absolue », conclut Me Batam Nkolong.
« De la même manière que l’État ferme les églises de réveil non conformes, il encadre fermement les « autels » improvisés sur Facebook ».
Désormais, « les prières de Patrick resteront dans le silence de sa chambre, loin des claviers et des algorithmes ».

De la rédaction du Messager en 1996 à un commentaire Facebook en 2026, le message semble le même : la critique du Chef de l’État coûte cher au Cameroun.

Camerooninfo.net

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