Selon nos sources, le président de la République du Cameroun, Paul Biya, s’apprête à regagner Yaoundé après un séjour d’environ deux mois à l’étranger. Un séjour présenté comme privé, dont les raisons n’ont pas été divulguées.
À 93 ans, Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982. Chef d’État en exercice le plus âgé au monde, il vient d’entamer un nouveau mandat de 7 ans après l’élection présidentielle de 2025, validée par le Conseil constitutionnel malgré la contestation de l’opposition.
En son absence, la bataille pour sa succession a pris une autre tournure. C’est un rude jeu. Non pas entre partis politiques, mais entre les plus proches collaborateurs du chef de l’État.
Deux dossiers secouent la Présidence
Le premier vise Oswald Baboke, ministre et directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence. Malgré l’absence de preuves tangibles, il est soupçonné d’enrichissement illicite et de détention de biens hors du Cameroun. La diffusion d’un faux décret présidentiel le nommant « vice-président » a renforcé les spéculations sur ses ambitions politiques. L’intéressé n’a pas réagi, laissant des membres de son clan faire les démentis.
Le second concerne Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d’État, secrétaire général de la Présidence. Depuis hier, 24 juillet 2026, il est la cible principale d’une nouvelle attaque sur les réseaux sociaux.
Ces attaques font suite aux déclarations du capitaine Effoudou Romuald, ancien chef du renseignement à l’État-Major particulier du président. Révoqué de l’armée en 2024, un texte officiel publié le 25 juin 2026 est venu rendre publique cette mesure de radiation. L’officier est aujourd’hui en exil.
Dans l’émission « Les Masterclass Europe » sur « Fauteuil Rouge TV », face à Morgan Palmer, il affirme avoir alerté le président en 2023 sur la présence, aux abords de la Présidence, d’un individu armé usurpant le titre de chef de bataillon. Après l’arrestation de ce dernier, le capitaine accuse Ferdinand Ngoh Ngoh d’être intervenu pour sa libération. « Ma tête a été mise à prix après que le président a convoqué Ngoh Ngoh. J’ai ensuite été la cible d’un rouleau compresseur », déclare-t-il.
L’officier dresse un tableau sombre :
> « Le pays est actuellement entre les mains d’une très mauvaise éthique »
> « La Présidence regorge de personnalités dont l’appétence pour le pouvoir est très prononcée »
> « Le pays va à vau-l’eau. C’est inacceptable »
Qui est le capitaine Effoudou Romuald ?
Né en 1990 à Abidjan en Côte d’Ivoire, soit huit années après l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le capitaine Effoudou Romuald a 36 ans aujourd’hui, évidemment ! Décrit comme un brillant officier, il a été nommé à 29 ans à la tête du renseignement de l’État-Major particulier du président de la République.
Il affirme s’être réfugié hors du Cameroun parce que sa vie aurait été mise en péril par « un groupuscule de personnalités ».
Une rivalité sous couvert de cordialité
En dehors des lanceurs d’alerte, aucune personnalité officielle n’accuse publiquement Oswald Baboke. En revanche, Ferdinand Ngoh Ngoh est mis en cause à visage découvert par un ancien du Palais qui en connaît les rouages.
Pour de nombreux observateurs, ces deux affaires simultanées traduisent une rivalité larvée entre Baboke et Ngoh Ngoh. Les deux hommes n’ont toujours pas réagi publiquement.
Pourtant, comme de coutume, ils devraient être vus ensemble, dans une ambiance bon enfant, se tapotant l’épaule et souriant à l’aéroport pour accueillir le chef de l’État à son retour au bercail.
Reste la grande question : quel clan l’emportera dans cette bataille pour la succession, alors que le nouveau mandat de Paul Biya ne fait que commencer ?
Benjamin Bitong, Otawa – Canada




