Kousseri : Les manifestations reprennent après l’inhumation d’un des deux jeunes tués par la police
La tension reste vive à Kousseri, dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Après les incidents meurtriers de la veille, de nouvelles manifestations ont éclaté ce jeudi 23 juillet 2026, au lendemain de l’inhumation d’Abba, l’un des deux jeunes tués lors d’une opération de police. Un véhicule de police a été incendié. Il a fallu un important déploiement des forces de maintien de l’ordre pour que le calme revienne progressivement en fin de matinée.
Retour sur les faits : une opération anti-drogue qui dégénère
Le mercredi 22 juillet, les forces de police du commissariat du 117 ont mené deux interventions distinctes dans les quartiers Wali et Fourdou. Objectif officiel : lutter contre la drogue et la délinquance urbaine.
Au quartier Wali, en début d’après-midi, des policiers ont interpellé des joueurs de cartes, appelés localement « jambo ». Un suspect a été menotté et embarqué dans un pick-up. Selon des témoins, un autre individu aurait alors désarmé un policier à l’aide d’un couteau avant de prendre la fuite avec son arme après avoir tiré un coup en l’air.
Durant le transfert, le suspect menotté a sauté du véhicule en marche. Un policier a ouvert le feu. L’homme a succombé à ses blessures. Sa dépouille a été récupérée par des habitants qui ont tenté de la conduire vers la préfecture.
Quelques heures plus tard, vers 17h00, une seconde opération a eu lieu au quartier Fourdou. Deux personnes ont perdu la vie. La première, identifiée sous le nom d’Abba, a été retrouvée sans vie dans une habitation. Son corps a été remis à sa famille. La seconde victime a été transportée par des riverains au commissariat du 117, où son décès a été constaté.
Dans la soirée, des jeunes en colère ont incendié des pneus sur l’axe reliant le commissariat du 117 au camp des sapeurs-pompiers du 118, bloquant la circulation pendant plusieurs heures.
Jeudi 23 juillet : les manifestations reprennent après l’enterrement
La situation s’est à nouveau tendue ce jeudi matin. Après l’inhumation d’Abba, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Kousseri.
Selon des sources crédibles sur place, les manifestants ont de nouveau exprimé leur colère contre les méthodes des forces de l’ordre. Des barricades ont été dressées et un véhicule de police a été incendié dans le secteur.
Les forces de défense et de sécurité ont été immédiatement déployées. Des tirs de sommation ont été entendus pour disperser les attroupements. En fin de matinée, le calme semblait progressivement revenir dans plusieurs quartiers, sous la surveillance d’un important dispositif de maintien de l’ordre.
Les commerces sont restés fermés une partie de la matinée avant de rouvrir timidement.
Les autorités appellent à la retenue
Dans un communiqué diffusé mercredi soir et réitéré ce jeudi, les autorités administratives et policières du département du Logone-et-Chari ont appelé la population « au calme, à la retenue et au respect des consignes des forces de l’ordre ».
Elles ont également annoncé l’ouverture d’une enquête administrative afin de faire la lumière sur les circonstances exactes des décès et sur l’usage des armes par les policiers.
Les responsables locaux rencontrent depuis ce matin les chefs de quartier et les leaders d’opinion pour tenter de désamorcer la crise et éviter une nouvelle escalade.
Un contexte de contestation dans le Septentrion
Ces violences interviennent dans un climat social déjà fragile dans le Septentrion du Cameroun.
Selon notre confrère Abou Dairou, la région est marquée depuis l’élection présidentielle de 2025 par une contestation persistante. Une partie de la population continue de contester le verdict de la Cour constitutionnelle qui avait proclamé la victoire du Président sortant Paul Biya face à Issa Tchiroma.
À cela s’ajoutent des opérations sécuritaires répétées contre la drogue et la délinquance, parfois mal perçues par les jeunes des quartiers populaires. Ces interventions sont souvent au cœur des tensions entre la population et les forces de l’ordre.
Un bilan provisoire et des questions en suspens
Le bilan provisoire fait état de deux morts le mercredi et d’importants dégâts matériels, dont un véhicule de police incendié ce jeudi. Aucun bilan officiel des blessés n’a encore été communiqué.
Pour l’heure, les autorités assurent que la situation est sous contrôle, mais le dispositif sécuritaire reste maintenu dans les points sensibles de la ville.
Abakar



